"L'oeuvre
de Paskua est merveilleuse. C'est l'expressionnisme devenu culte.
C'est une
trés forte réussite plastique comparable aux plus grands artistes modernes et
contemporains
qui s'inscrit dans l'histoire de l'art occidental
et qui témoigne
de l'extraordinaire culture des antipodes que Paskua a trés personnellement
intégrée et nous apprend à aimer".
Arnau Puig - Critique d'art et co-fondateur du mouvement "Dau al Set" avec Antoni Tàpies
Découvert
par Arnau Puig lors d’une tournée en Europe qui
s’est conclue par cinq
acquisitions publiques de trois musées européens, Paskua
définit son travail fètichiste de rituel érotique
Punk post néo-dada dont la quête
est la force, la violence qui anime le monde et l’énergie des corps –
une résistance délibérée à toute volonté de nier la vie. Jubiler, c’est oublier
qu’on doit, qu’on va mourir.
Sur des supports polymorphes,
vieux bois calcinés, termités ou des sacs de toiles
déchirés qui servent au transport du coprah, Paskua
utilise
une "materia prima" constituée d'une alchimie de résines,
de mousse
polyurhétane, de pigments, de plumes et fibres naturelles, de
langes usagés
(pahi), de vieux torchons de peintre, et du cocktail "Gitmo", du
sang, du sperme et de la merde d'artiste, comme l'utilisent les
"combattants-ennemis" détenus au camp de Guantanamo Bay contre
leurs
gardiens masqués... Une oeuvre au noir, Al Kemi.
Paskua peint la
sauvagerie de son temps et interpelle notre condition humaine d’êtres tragiques
face au néant. Son œuvre puissante, envoûtante, dérangeante n’accomplit pas
uniquement une rémontée mémorielle vers les sources obscures de son passé
singulier mais aussi vers le passé même de toute humanité. En se confrontant à
"l’horreur sacrée de l’immémorial", son œuvre n’est pas si différente de celle de
Paul Gauguin, son illustre prédécesseur en ces contrées lointaines du Sud Pacifique.
De
ces formes
primordiales à peine issues du chaos, formes allusives de corps
humains ou
d’animaux mêlés à des résidus
d’identités sociales marquées au pochoir comme au
fer, de ces ténèbres originelles naissent aussi les
possibilités latentes de
l’homme, de l’histoire, et des civilisations. Au cœur
même de notre ère
contemporaine post-métaphysique, violente, a-morale et nihiliste, Paskua proclame le temps du
jouir et du faire
jouir, la présence au monde, la vie non séparée
d’elle-même, l’art contre
l’esthètique, la vie plus encore que l’art.
L’art de Paskua n’est pas
représentation, mais présence. Paskua ne travaille pas au
spectacle de la fin
du monde, mais à la fin du monde du spectacle. L’art est
à la fois expression et action directe.
Parce que passeur de
mondes, funambule sur l’horizon, voyageur et magicien du chaos, l’œuvre singulière de
Paskua est construite sur l’ombre terrifiante d’une destinée fatale et la lumière
qu’est la possibilité de la volupté.
En ce sens Paskua
est-il « Tahua », le sorcier, le Chaman, littéralement « Celui
qui voit », dont l’œuvre métamorphosée en réceptacle du sacré - ce que les
peuples polynésiens appelent « To’o » - tisse
dans les effilochures mêmes d’une toile
détruite les liens, les passages, les rencontres, qui nous
permettent d’accèder à l’incandescence du
réel et à voir « dans les choses plus que les
choses », comme disait le poête Arthur Rimbaud.
Paskua a le courage
de porter son regard sur l’horizon - car au delà de l’infâme et de l’infâmie, il
reste encore la trace du merveilleux.
Espace Contemporain des Arts du
Pacifique